Lady Gaga au Superbowl, Lili Boisvert et les femmes à la télévision

Femmes à la télévision québécoise

Dur dur d’être femme à la télé!

Travailler ou apparaître à la télévision représente un défi de taille pour les femmes au Québec. Leur apparence est scrutée à la loupe contrairement aux hommes : maquillage, coiffure, vêtements, poids, cheveux gris, rides, tout y passe. Regard sur les standards de beauté au féminin du petit écran québécois.

Anders Turgeon Dossiers Femmes, Télévision

Lundi dernier, des millions d’Américains — et beaucoup de Québécois — étaient rivés à leur petit écran afin de regarder le Super Bowl. Cette année, le spectacle de la mi-temps de cette finale annuelle de la National Football League (NFL) était offert par la chanteuse Lady Gaga. La prestation, extraordinaire et sans fautes, a été toutefois éclipsée par l’ourlet du ventre de la Mother Monster qui repliait sur son minishort scintillant lors de sa dernière chanson. Elle a été ainsi critiquée sur son apparence davantage que sa performance scénique.

Cette histoire soulève des questions à propos de la pression mise sur le dos des femmes pour bien paraître devant les caméras. En se penchant sur le cas des professionnelles de la télévision québécoise, il y aurait lieu de se questionner sur la manière dont ces femmes doivent se conformer aux diktats de beauté propres au petit écran.

La beauté mise en scène

« La beauté de l’homme est dans son esprit, et l’esprit de la femme dans sa beauté », dit un proverbe arabe. Historiquement, l’apparence féminine a été plus souvent valorisée que l’intelligence, que ce soit dans la peinture, la littérature, la sculpture ou la photographie. Plusieurs facteurs expliqueraient cette valorisation de la beauté chez les femmes : leur statut social, leur capacité de reproduction, l’évolution de la mode et la révolution industrielle entre autres. Lorsque la femme est apparue à la télévision, l’embellissement de l’apparence est devenu une norme à laquelle elle a dû se soumettre.

Une femme est intervieweée devant une caméra de télévision.

Une femme est intervieweée devant une caméra de télévision.

Avec l’établissement de critères de beauté télévisuels, les femmes travaillant devant les caméras se soumettent à une « mise en scène » de leur apparence. Des caractéristiques entrent dans cette « mise en scène » : de beaux cheveux bien coiffés, un visage impeccablement maquillé, des vêtements à la mode et l’utilisation d’accessoires tels que des bijoux ou des chapeaux. Selon Mariette Julien, professeure à l’École supérieure de mode de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), directrice du Groupe de recherche sur l’apparence (GRAP) et spécialiste de la médiatisation du corps et de l’image, l’apparence féminine bien présentée contribue à la rentabilité de la chaîne de télévision. « Il est important d’être attirant visuellement pour amener des cotes d’écoute. […] Le marketing est entré [dans cette quête des cotes d’écoute], car les médias ne peuvent survivre sans publicité. Le tout est relié au monde capitaliste marchand actuel », souligne-t-elle. La beauté féminine devient ainsi un facteur décisif. Soumises davantage à des impératifs liés à l’apparence par rapport à leurs collègues masculins, les femmes travaillant devant les caméras sont amenées à plaire aux téléspectateurs. Elles doivent toujours apparaître impeccablement grimées, bien vêtues et avec de beaux cheveux bien coiffés.

Pascale Nadeau, journaliste et chef d’antenne du Téléjournal les fins de semaine à Ici Radio-Canada Télé, nuance cette idée que bien paraître à la télévision pour les femmes constitue un impératif, du moins dans le monde journalistique : « Très honnêtement, je ne suis pas du tout persuadée qu’il existe des “diktats” de beauté dans mon domaine. Je crois que la compétence prime sur tout le reste, car sans cela, il n’y aurait pas [de] grande carrière à avoir en journalisme! » Lili Boisvert, journaliste multiplateforme à Radio-Canada et auteure du blogue Originel sur le site web de la société d’État et membre du duo Les Brutes, adhère à cette idée que les compétences possèdent une place en journalisme au féminin : « Ce qui est un enjeu, c’est le fait que, si on est née avec un vagin et qu’on veut faire [le] métier [de journaliste], il va falloir passer par un processus de modification corporelle qui est beaucoup plus poussé que si on a un pénis et qu’on fait ce métier. »

Néanmoins, Mariette Julien et Lili Boisvert insistent sur la primauté de la beauté féminine à la télévision. Ayant été appelée à participer à des émissions en tant qu’experte de la question de l’apparence et du monde de la mode, Mme Julien témoigne en connaissance de cause : « À la télé, nous sommes magnifiées avec l’aide de maquilleurs et de coiffeurs [ainsi que] des caméramans qui recherchent les angles les plus flatteurs. » Mme Boisvert renchérit sur sa propre expérience à la télévision d’Ici Radio-Canada : « Nous pouvons être appelés à aller en ondes à la dernière minute. Nous avons un laps de temps pour nous préparer. Pour les femmes, il faut passer au maquillage et à la coiffure : cela peut prendre [environ] 45 minutes. Je regarde mes collègues [masculins] et ça leur prend juste 5 minutes. Il y a un écart de 40 minutes [durant lequel] je ne peux pas préparer ce que je dois dire en ondes. Je ne peux pas faire mes recherches ni faire mes appels téléphoniques. »

Ainsi, l’apparence des professionnelles de la télévision doit être enjolivée avant que ces dernières se retrouvent devant au petit écran. Même si les compétences s’avèrent importantes pour travailler ou apparaître devant les caméras, elles ne peuvent les afficher sans avoir été préalablement coiffées, maquillées et bien habillées. Par ailleurs, l’embellissement à l’aide d’artifices corporels ne constitue pas le seul critère de ce « devoir de beauté » : être mince l’est aussi.

La caméra ajoute « 10 livres »

En plus d’être parfaitement grimées, peignées et vêtues, celles qui travaillent devant les caméras doivent aussi être minces pour éblouir l’écran. Un lieu commun répandu veut que la caméra ajoute « 10 livres[1] » de plus, présentant ainsi une image déformée des professionnelles de la télévision qui s’avèrent déjà élancées. Ce qui a pour résultat de renvoyer un idéal de minceur inatteignable aux téléspectatrices déjà intimidées par les images de femmes minces véhiculées par d’autres médias centrés sur l’image, ceux-ci présentant des personnalités féminines aux proportions irréalistes.

Ces idéaux de minceur touchent la plupart des femmes de la Belle Province. Selon une étude menée par Ipsos-Reid

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Lili Boisvert et Judith Lussier, journalistes et animatrices à la télé et/ou sur le Web, forment le duo Les Brutes.

pour le compte des Producteurs laitiers du Canada en 2008, 73 % des Québécoises veulent perdre du poids. Parmi celles-ci, il y en a 56 % qui possèdent un indice de masse corporelle (IMC) reflétant un poids santé. De plus, 62 % des Québécoises ressentent une pression sociale pour perdre du poids. « La minceur est devenue un critère de beauté essentiel. Nous associons la sveltesse à la santé sportive : sur le marché du travail, le ventre plat est un symbole de réussite de sa carrière. » Des propos corroborés par Lili Boisvert : « La minceur est très valorisée. Nous avons une déformation sociale à ce niveau : nous marions la féminité à la gracilité. » En conséquence, des personnalités féminines de la télévision, telles que la comédienne Bianca Gervais, éprouvent des difficultés considérables à composer avec les exigences de maigreur de leur métier. Dans le livre La revanche des moches, elle se confie à Léa Clermont-Dion à propos de cette pression ressentie : « Je prends environ 10 livres [suite à un voyage en Italie]. Je n’entre plus dans mes jeans. Mon habilleuse me lance : qu’est-ce qu’on fait avec tes 10 livres, tu les perds ou on t’achète du nouveau linge? À ce moment-là, je ne me suis pas sentie grosse, je me suis sentie comme une baleine bleue. [Être comédienne] est un métier où il n’y a pas de sensibilité par rapport au corps des autres. »

Ce manque de considération pour le physique et le poids des comédiennes ne touche pas qu’elles, mais l’ensemble des femmes œuvrant devant les caméras des chaînes de télévision. Alors que 5 % des femmes se trouvent sous leur poids santé dans la population en général, elles seraient six fois plus nombreuses à afficher un tel poids au petit écran, selon une étude dirigée par Bradley S. Greenberg, professeur émérite — maintenant retraité — de la faculté des Sciences de la communication de l’Université du Michigan en 2003. Malheureusement, il n’existe pas de données spécifiques au Québec sur le poids des professionnelles de la télévision. Néanmoins, ces statistiques surprennent Marie-Claude Savard, animatrice et ex-journaliste sportive. Elle réfute l’idée de l’existence plausible d’une telle réalité à la télévision québécoise : « Je pense qu’au Québec, nous sommes assez ouverts. […] Être mince ne fait pas nécessairement partie des critères [d’embauche]. J’ai même entendu beaucoup de décideurs dire que les femmes plus rondes ont plus facilement la sympathie du public. » Ce qui ne l’empêche pas de reconnaître qu’il peut y avoir des préoccupations chez les animatrices au niveau de leur poids par rapport aux fameuses « 10 livres » ajoutées par la caméra.

Marie-Claude Savard, animatrice à la télévision, au Salon du Livre de Montréal 2015.

Marie-Claude Savard, animatrice à la télévision, au Salon du Livre de Montréal 2015.

Il reste que la question du poids des professionnelles de la télévision s’avère symptomatique de la pression que doivent subir les femmes travaillant devant les caméras télévisuelles pour être minces. La minceur équivaudrait à bien paraître à la télévision et serait associée à un idéal de professionnalisme et de dynamisme. Cela exercerait une influence sur la vision que possèdent les téléspectatrices de leur propre poids. Paradoxalement, elles se montreraient impitoyables avec les animatrices, les comédiennes et les journalistes qui dérogeraient à cet idéal de la beauté féminine. Saskia Thuot, animatrice de Décore ta vie à Canal Vie, s’est exprimée sur sa page Facebook, le 13 mars 2014, par rapport à un commentaire déplacé qu’elle a reçu sur son poids en message privé : « On vient de m’écrire ceci : “T’as pas maigri beauté!” […] Je n’en peux plus de ce genre de commentaire. C’est tellement blessant, dégradant et facile. Je sais que mon corps ne correspond pas aux critères de beauté actuels. […] À chaque commentaire méchant, j’ai l’impression que je dois rebâtir les fondations de mon estime, et à 41 ans, je veux seulement être bien. »  Cette anecdote illustre les conséquences de cette pression inhérente au poids sur les professionnelles du petit écran québécois. Elles peuvent en être affectées et vouloir recourir au bistouri afin de remédier à ce qui est considéré comme étant un problème. Il en va de même en ce qui concerne leur vieillissement.

« Vieillir en gros plan, c’est murder »

Dans La revanche des moches, la journaliste Francine Pelletier déclare à Léa Clermont-Dion que c’est « dur pour une femme de vieillir, mais [de] se voir vieillir en gros plan (sur petit ou grand écran), c’est murder. » Des propos qui expriment un malaise répandu à la télévision pour les femmes : afficher des signes reliés à la vieillesse au petit écran serait ardu. Une question de deux poids deux mesures s’appliquerait à cette situation, car les collègues masculins de ces professionnelles de la télévision peuvent vieillir devant les caméras tout en y affichant leurs cheveux gris et leurs rides sans que leur professionnalisme ne soit remis en question. Jean Airoldi, styliste et animateur de l’émission Quel âge me donnez-vous? à Canal Vie, affiche les poils gris parsemant sa chevelure et sa barbe ainsi que ses rides. Pierre Bruneau, chef d’antenne du TVA Nouvelles du midi et de 17 h à 18 h 30, arbore une crinière poivre et sel. Ces marques de vieillissement ne suscitent pas les foudres des téléspectateurs, car ces derniers s’attardent surtout à la qualité du travail de messieurs Airoldi et Bruneau.

Si les professionnels du petit écran peuvent afficher des signes liés à leur vieillissement, il en va autrement pour leurs consœurs. « Dans des émissions comme Le Code Chastenay ou La semaine verte, les femmes sont magnifiques. Même les animatrices d’émissions d’actualité sont jolies conséquemment à des chirurgies esthétiques qui gardent leur allure jeune, car la beauté et la jeunesse sont devenues des qualités féminines au détriment de l’expérience et de l’expertise », observe Mariette Julien. La valeur de la professionnelle de la télévision, qui est surtout estimée à partir de son apparence, se perdrait ainsi avec les années. Des propos que la journaliste indépendante Judith Lussier remet en question : « Selon moi, en information, une femme est perdante dans les deux cas : si elle paraît trop vieille, elle n’est plus jugée séduisante, mais si elle paraît trop jeune, elle n’a pas l’air crédible. J’ai passé trois auditions pour des émissions axées sur l’actualité, et les trois fois, la raison pour laquelle on a justifié mon refus était que j’avais l’air trop jeune. […] On tient pour acquis que la femme souhaite avoir l’air jeune alors que, dans un métier d’information, ce n’est pas nécessairement un atout. »

Si la femme n’est pas prise au sérieux parce qu’elle a l’air trop jeune ou trop vieille, une question de crédibilité valorisant le sexe masculin pourrait expliquer cette différence entre les femmes et les hommes. Rosemonde Gingras[2], relationniste et chef de son entreprise Rosemonde Communications, livre ses réflexions à Léa Clermont-Dion en ce qui a trait à cet élément dans La revanche des moches : « On a une grande tolérance pour les hommes qui sont affreux. C’est un “double standard” absolu, affirme-t-elle. Les hommes dans les médias peuvent être compétents sans être agréables à regarder, alors que les femmes doivent être d’abord et avant tout agréables à regarder. Et ensuite compétentes. […] Tant et aussi longtemps qu’il y aura majoritairement des hommes dans les postes de direction, ce sera comme ça », croit-elle.

Une journaliste magnifiée devant les caméras de télévision.

Une journaliste magnifiée devant les caméras de télévision.

Par conséquent, il ne serait pas recommandé à ces professionnelles de laisser transparaître leurs rides ou leurs cheveux gris contrairement à leurs confrères. Ceci pourrait expliquer qu’elles soient tentées de recourir au bistouri et au botox. Un sondage réalisé par OnResearch, en marge du congrès annuel de la Société canadienne de la chirurgie plastique et esthétique en 2012, a révélé que 48 % des Québécoises considèrent avoir recours à la chirurgie esthétique. « Nous sommes dans l’immédiateté, ce qui a changé notre rapport au corps, et ce, pour tous les âges. La jeunesse est un signe de reproduction, de renouveau », souligne Mariette Julien pour expliquer le phénomène. Pourtant, l’utilisation de ces outils d’embellissement corporels serait mal perçue au Québec : « Nous avons une culture qui décourage les femmes à utiliser la chirurgie esthétique, souligne Marie-Claude Savard. À Simplement vedette [sur les ondes de Canal Vie], nous venons de terminer un épisode spécial […] de deux heures sur ce thème. C’est quelque chose qui est très mal vu au Québec et qui n’est pas du tout valorisé. » C’est à se demander s’il n’y a pas une omerta pour les personnalités télévisuelles qui passent sous le bistouri, car l’animatrice Suzanne Lévesque a admis, du bout des lèvres aux Francs-tireurs en 2010, y avoir eu recours. Ce qui n’empêche pas Mme Savard de philosopher sur le vieillissement au féminin à la télé : « Je pense qu’accepter de se voir vieillir est très personnel, mais pouvoir le faire devant les caméras représente un défi, car nous devons davantage faire face à notre image. »

Il s’agit d’un enjeu complexe pour toute femme voulant travailler pendant plusieurs années à la télévision. Pouvoir apparaître au petit écran sans cacher son âge réel pourrait s’avérer possible. Pour ce faire, plusieurs solutions seraient envisageables dont l’ajout de femmes au sein de la haute direction des chaînes télévisuelles ou la reconnaissance des compétences avant l’âge et l’apparence physique.

En somme, le paraître des femmes qui exercent devant les caméras télévisuelles au Québec constitue un enjeu complexe. Il correspond à des standards de beauté qui découleraient des exigences corporelles envers les femmes au Québec. Non seulement doivent-elles être jolies en misant sur les artifices liés à l’apparence : maquillage, produits de beauté, coiffure, vêtements, ongles, etc. Elles doivent également être minces, et ce, parfois au prix de leur poids santé. De plus, elles sont invitées par les téléspectateurs et les patrons des chaînes télévisuelles à camoufler les signes liés au vieillissement tels que leurs rides et leurs cheveux gris. Les conséquences de cette pression relativement aux diktats de beauté du petit écran sont qu’elles participent à la proposition d’un idéal de beauté inatteignable pour les téléspectatrices qui les regardent.

Cependant, selon Marie-Claude Savard, ce portrait de la situation des professionnelles de la télévision tendrait à changer grâce à une remise en question des standards de beauté télévisuels. L’organisme ÉquiLibre mène des actions comme la remise de prix IMAGE/in pour sensibiliser les acteurs de l’industrie de l’image (le milieu de la mode, les médias et les agences de publicité) afin de les conscientiser sur l’importance de présenter à la société des images de corps féminins sains et diversifiés. Quant au comité de la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée, son travail s’inscrit dans la continuité de celui mené par ÉquiLibre : il propose un outil d’engagement collectif pour un projet de société tournant autour de la diversité corporelle. Néanmoins, il y a lieu de se demander si les femmes travaillant à la télévision québécoise peuvent voir leurs compétences et leur expérience de travail pleinement reconnues au-delà de leur apparence…

-30-

[1] 4,5 kilos.

[2] Rosemonde Gingras a eu recours à la chirurgie esthétique à quelques reprises et en explique les raisons dans un billet sur le blogue de la rédaction de Châtelaine paru le 15 septembre 2012 : http://fr.chatelaine.com/blogues/blogue-de-la-redac/blogueuse-invitee/pour-ou-contre-la-chirurgie-esthetique/.

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Pierre Allard, son congédiement du Droit et l’information

Renvoyé du Droit pour avoir dénonce la fin de la publication de La Presse

Pierre Allard met en lumière le droit à l’information sur son blog

Le journaliste et ex-édiorialiste du journal Le Droit a perdu son boulot pour avoir dénoncé la fin de la publication de La Presse et des journaux régionaux par son ex-employeur Gesca. Du même coup, il a dénoncé le déclin de l’accessibilité et de la qualité de l’information lorsque celle-ci se retrouve sur support électronique comme La Presse+.

Anders Turgeon Dossiers Médias et Information

Pierre Allard, journaliste et éditorialiste pigiste pour le journal gatinois Le Droit, a été congédié après 45 ans de loyaux services pour ce média de Gesca, filiale de Power Corporation. Son délit? Avoir pondu un billet, sur son blogue personnel, qui dénonce la décision de son ex-employeur de cesser d’imprimer ses journaux — La Presse, Le Droit,

pierre allard

pierre allard (Photo credit: two stout monks)

Le Nouvelliste (Trois-Rivières), Le Soleil (Québec), La Voix de l’Est (Granby), La Tribune (Sherbrooke) et Le Quotidien (Saguenay) — dans un avenir rapproché. L’information deviendrait numérique dans l’entreprise médiatique des Desmarais.

Pierre Allard dénonçait, dans ce billet, cette idée préconçue voulant que la montée du web bouleverse le monde de l’information et cause inexorablement la disparition des médias imprimés à cause de la baisse des revenus publicitaires pour ces derniers. Tout comme M. Allard, je ne partage pas cet avis. Pourquoi le web contribuerait-il à la disparition de La Presse ou du Droit version imprimée? Pourquoi l’un ne soutiendrait-il pas l’autre?

L’information et son coût

Entendons-nous là-dessus, l’information n’est pas censée être entièrement gratuite. La produire coûte de quoi. Le Journal de Montréal et Le Devoir ont compris cela et verrouillent leurs articles seulement sur le web. Pour avoir accès à l’article, soit tu t’abonnes, soit t’achètes le journal du jour. Comme le souligne judicieusement Lise Ravary dans un de ses billets sur son blogue du Journal de Montréal :

« En langage courant, cela veut dire : Quand les éditeurs nord-américains se sont mis à privilégier la vente par abonnement à des prix ridiculement bas pour doper le tirage (et ainsi vendre plus de publicité et plus cher), ils ont réduit substantiellement la part de revenus provenant de la vente d’exemplaires en kiosque. Créant ainsi une dépendance factuelle et psychologique à la publicité qui rend plus difficile le maintien d’une séparation entre le contenu commercial et le contenu rédactionnel. »

Information Literacy

Information Literacy (Photo credit: Ewa Rozkosz)

Cela dit, la rentabilité ne devrait pas, en principe, prendre le pas sur l’information. N’empêche qu’on peut comprendre que les propriétaires de journaux recherchent un plan économique, incluant les contenus multiplateformes, afin de demeurer rentables comme le souligne Robert Maltais[1]. Toutefois, cette quête ne devrait pas nuire à la qualité du contenu livré aux lecteurs. Sur le billet du blogue de Pierre Allard, je renchérissais avec le commentaire suivant :

« La Presse+ met en place une culture de la gratuité de l’information qui s’avère dangereuse pour le journalisme puisqu’il peut y avoir confusion des genres avec la rédaction publicitaire. Surtout si la publicité ne sert que d’unique source de revenus pour un média d’information; les entreprises commandant des publicités peuvent faire discrètement passer leurs intérêts dans le média. »

Ne misons pas sur cette culture de l’information sans coûts. Il en va de l’indépendance de vos serviteurs de l’information ainsi que de celle de sa diversité, à Montréal comme dans les régions. Si Gesca va de l’avant pour fermer ses quotidiens régionaux et tout miser sur La Presse+, on aura inévitablement affaire à une (nouvelle) baisse de la qualité de l’information à travers une véritable confusion des genres.

L’information accessible sur papier

Information has moved...

Information has moved… (Photo credit: choffee)

Toujours dans son billet sur son blogue, Pierre Allard y va d’un autre aspect important touchant aux conséquences de la diminution, voire la disparition des journaux en format papier envisagé par Gesca :

« Compte tenu que l’ère Internet n’a que vingt ans et que personne ne sait trop jusqu’où mènera sa croissance exponentielle et erratique, j’ai de la difficulté à comprendre pourquoi on se comporte comme si le numérique allait – sans appel et de toute évidence – remplacer le papier comme support quotidien de l’information au public. »

Comme Pierre Allard, je ne crois pas une seconde qu’un médium aussi récent qu’Internet puisse remplacer un autre qui utilise le papier, que ce soit le journal, le magazine ou le livre. Trop prématuré. Et que dire des personnes qui n’utilisent que peu ou pas du tout le web et qui lisent encore leur journal en se salissant le bout des doigts avec l’encre du papier! Ou encore celles qui tiennent mordicus à tenir entre leurs mains un bon livre ou un magazine et non une tablette électronique.

Bref, le coup de gueule de Pierre Allard sur son blogue envers Gesca et ses anciens patrons du Droit est un sacré bon coup pour dénoncer la fin de la publication en format papier de La Presse et des autres journaux de l’entreprise à travers le Québec. Et comme je dis dans ces derniers mots de mon commentaire faisant suite au billet de Pierre Allard, « la fin annoncée de la publication des journaux de Gesca par Power Corp n’est pas une bonne nouvelle pour l’accessibilité, la diversité et l’indépendance de l’information. »

 

[1] Robert MALTAIS, « Stopper l’affaiblissement du 4e pouvoir », Éthique publique, volume 15, numéro 1, 2013, p. 140

Non à la gratuité scolaire dans l’immédiat!

Cet article est paru, à l’origine, sur le blog des 7 du Québec.

Droits de scolarité et financement des universités

La gratuité scolaire : pas réalisable maintenant

Alors que le gouvernement Marois a décrété l’annulation de la hausse des droits de scolarité promulguée par Jean Charest, l’ASSÉ pousse le bouchon encore plus loin réclamant la gratuité scolaire. Toutefois, le contexte politique et économique prévalent en ce moment au Québec n’est pas propice, en ce moment, pour ce projet.

Anders Turgeon Dossier Actualités, Éducation

À pareille date l’an dernier, la plupart des étudiants se mobilisaient contre la hausse des droits de scolarité décrétée par le gouvernement droits-scolarite-financement-universites-gratuite-scolaire-education-jeunesCharest. Suite à un Printemps Érable mouvementée marqué par la judiciarisation du conflit étudiant ainsi que la loi 12, les étudiants (du moins, les carrés rouges) ont obtenu l’annulation de cette hausse suite à l’élection du Parti québécois.

Maintenant, les carrés rouges, l’ASSÉ en tête, réclament la gratuité scolaire. Toutefois, selon des articles de La Presse, Radio-Canada.ca, du Métro, du 98.5FM et du Huffington Post, le ministre Pierre Duchesne a écarté définitivement cette avenue. La gratuité est envisageable à long terme, mais pas dans le contexte actuel, a-t-il fait valoir lors d’une allocution à la fin de l’École d’hiver Spécial Sommet de l’Institut du Nouveau Monde (INM).

Il y a de quoi être d’accord avec le ministre Duchesne. Contrairement à ce que croient la  FEUQ et l’ASSÉ , il est impossible de réaliser la gratuité des études universitaire compte tenu de du contexte politique et économique actuel du Québec. L’État n’est pas une source intarissable d’argent ; les contribuables, encore moins. La dette grimpe de manière préoccupante.

Avant de songer à accorder la gratuité au niveau universitaire, un important ménage de l’État-providence québécois s’impose. Le gouvernement aurait intérêt à dépenser avec diligence et efficacité dans la santé, l’éducation et l’emploi. Il devrait investir dans les programmes sociaux, il devrait rester intègre face à toute tentative de corruption. Et il devrait face en sorte que tout le monde verse ses impôts à l’État, sans exception.

Surtout, notre système de l’éducation est à revoir avant de fournir une éducation entièrement gratuite. Il serait important de revoir la manière d’éduquer les jeunes. Revaloriser pleinement la réussite scolaire et l’excellente encouragerait les jeunes à faire preuve de rigueur et de détermination dans leurs études. Ils développeraient une  méthode de travail et, rendus à l’université, ils seraient outillés pour réussir leurs études et s’enligner pour une carrière prometteuse.

Avant la gratuité scolaire au niveau universitaire, le gouvernement doit améliorer sa gestion de l’argent des contribuables. Les étudiants ont aussi leur part de responsabilité: étudier et obtenir du succès dans leur cheminement scolaire. Dans ce cas, seulement, l’ASSÉ et Martine Desjardins pourront légitimement réclamer la gratuité scolaire.

 

Nouveau logo du réseau TVA: une ressemblance avec le logo des années 80?

Nouveau logo du réseau TVA

Un air de parenté avec le logo du réseau des années 80?

Depuis le lancement du nouveau logo du réseau TVA le 29 novembre dernier, celui-ci possède un air de déjà-vu dans les années 80…

Anders Turgeon Dossier Médias

Le 29 novembre dernier, le réseau TVA dévoilait son nouveau logo, remplaçant ainsi celui aux formes géométriques qui faisait sa marque de commerce depuis 1990.

«Depuis les dernières années, nous avons modernisé nos émissions et même les logos de celles-ci, mais pas celui de TVA. Nous voulions un logo plus flexible qui puisse mieux s’intégrer aux logos de nos différentes chaînes spécialisées», a dit Pierre Dion, président et chef de la direction de Groupe TVA [1]. Ainsi, TVA voulait adapter son image pour la faire entrer dans la modernité.

Pourtant, le nouveau logo de TVA affiche un je-ne-sais-quoi rappelant le logo du réseau dans les années 80…

Afin de juger par vous-mêmes, voici une photo du nouveau logo de TVA.

nouveau-logo-reseau-tva-medias

Et voici maintenant une vidéo de Youtube contenant l’indicatif du réseau TVA dans les années 80 (ayant duré jusqu’en 1990).

Qu’en pensez-vous? J’attends vos avis sur cette question concernant le logo de TVA.

[1] http://tvanouvelles.ca/lcn/artsetspectacles/general/archives/2012/11/20121129-094100.html. Consulté le 27 décembre 2012.

Chronique Quoi faire ce week-end, quoi voir aujourd’hui à tous les vendredis

Chronique hebdomadaire sur le blog de Raymond Viger

Quoi faire ce week-end, quoi voir aujourd’hui

Sur le blogue de mon patron de stage Raymond Viger, je tiens une chronique hebdomadaire à tous les vendredis, et ce, depuis maintenant 1 mois. À travers des courts billets de blogue au nombre variant de 1 à 4 à tous les vendredis, je vous incite à aller assister à des spectacles ou des expositions hip-hop.

Anders Turgeon Dossiers Arts et spectacles, Hip-hop

Intitulée Quoi faire ce week-end, quoi voir aujourd’hui, ma chronique comporte de un à quatre billets publiés sur le blog de mon patron, le rédacteur en chef du magazine Reflet de Société Raymond Viger, à tous les vendredis.

À travers ces billets, je vous donne des idées de sortie pour la fin de semaine ou les jours suivants. Et je n’offre que des sorties hip-hop de grande qualité durant lesquelles vous êtes sûrs de vous amuser.

Voici une liste de mes billets jusqu’à maintenant:

C’est un rendez-vous pour vendredi prochain le 23 novembre afin que vous puissiez planifier votre fin de semaine en fonction des activités qui vous seront proposés par votre humble serviteur.

p.s.: À surveiller: bientôt, j’aurai aussi une chronique quasi-quotidienne sur le blog Les 7 du Québec dans laquelle je commenterai l’actualité quotidienne. À suivre!

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