Lady Gaga au Superbowl, Lili Boisvert et les femmes à la télévision

Femmes à la télévision québécoise

Dur dur d’être femme à la télé!

Travailler ou apparaître à la télévision représente un défi de taille pour les femmes au Québec. Leur apparence est scrutée à la loupe contrairement aux hommes : maquillage, coiffure, vêtements, poids, cheveux gris, rides, tout y passe. Regard sur les standards de beauté au féminin du petit écran québécois.

Anders Turgeon Dossiers Femmes, Télévision

Lundi dernier, des millions d’Américains — et beaucoup de Québécois — étaient rivés à leur petit écran afin de regarder le Super Bowl. Cette année, le spectacle de la mi-temps de cette finale annuelle de la National Football League (NFL) était offert par la chanteuse Lady Gaga. La prestation, extraordinaire et sans fautes, a été toutefois éclipsée par l’ourlet du ventre de la Mother Monster qui repliait sur son minishort scintillant lors de sa dernière chanson. Elle a été ainsi critiquée sur son apparence davantage que sa performance scénique.

Cette histoire soulève des questions à propos de la pression mise sur le dos des femmes pour bien paraître devant les caméras. En se penchant sur le cas des professionnelles de la télévision québécoise, il y aurait lieu de se questionner sur la manière dont ces femmes doivent se conformer aux diktats de beauté propres au petit écran.

La beauté mise en scène

« La beauté de l’homme est dans son esprit, et l’esprit de la femme dans sa beauté », dit un proverbe arabe. Historiquement, l’apparence féminine a été plus souvent valorisée que l’intelligence, que ce soit dans la peinture, la littérature, la sculpture ou la photographie. Plusieurs facteurs expliqueraient cette valorisation de la beauté chez les femmes : leur statut social, leur capacité de reproduction, l’évolution de la mode et la révolution industrielle entre autres. Lorsque la femme est apparue à la télévision, l’embellissement de l’apparence est devenu une norme à laquelle elle a dû se soumettre.

Une femme est intervieweée devant une caméra de télévision.

Une femme est intervieweée devant une caméra de télévision.

Avec l’établissement de critères de beauté télévisuels, les femmes travaillant devant les caméras se soumettent à une « mise en scène » de leur apparence. Des caractéristiques entrent dans cette « mise en scène » : de beaux cheveux bien coiffés, un visage impeccablement maquillé, des vêtements à la mode et l’utilisation d’accessoires tels que des bijoux ou des chapeaux. Selon Mariette Julien, professeure à l’École supérieure de mode de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), directrice du Groupe de recherche sur l’apparence (GRAP) et spécialiste de la médiatisation du corps et de l’image, l’apparence féminine bien présentée contribue à la rentabilité de la chaîne de télévision. « Il est important d’être attirant visuellement pour amener des cotes d’écoute. […] Le marketing est entré [dans cette quête des cotes d’écoute], car les médias ne peuvent survivre sans publicité. Le tout est relié au monde capitaliste marchand actuel », souligne-t-elle. La beauté féminine devient ainsi un facteur décisif. Soumises davantage à des impératifs liés à l’apparence par rapport à leurs collègues masculins, les femmes travaillant devant les caméras sont amenées à plaire aux téléspectateurs. Elles doivent toujours apparaître impeccablement grimées, bien vêtues et avec de beaux cheveux bien coiffés.

Pascale Nadeau, journaliste et chef d’antenne du Téléjournal les fins de semaine à Ici Radio-Canada Télé, nuance cette idée que bien paraître à la télévision pour les femmes constitue un impératif, du moins dans le monde journalistique : « Très honnêtement, je ne suis pas du tout persuadée qu’il existe des “diktats” de beauté dans mon domaine. Je crois que la compétence prime sur tout le reste, car sans cela, il n’y aurait pas [de] grande carrière à avoir en journalisme! » Lili Boisvert, journaliste multiplateforme à Radio-Canada et auteure du blogue Originel sur le site web de la société d’État et membre du duo Les Brutes, adhère à cette idée que les compétences possèdent une place en journalisme au féminin : « Ce qui est un enjeu, c’est le fait que, si on est née avec un vagin et qu’on veut faire [le] métier [de journaliste], il va falloir passer par un processus de modification corporelle qui est beaucoup plus poussé que si on a un pénis et qu’on fait ce métier. »

Néanmoins, Mariette Julien et Lili Boisvert insistent sur la primauté de la beauté féminine à la télévision. Ayant été appelée à participer à des émissions en tant qu’experte de la question de l’apparence et du monde de la mode, Mme Julien témoigne en connaissance de cause : « À la télé, nous sommes magnifiées avec l’aide de maquilleurs et de coiffeurs [ainsi que] des caméramans qui recherchent les angles les plus flatteurs. » Mme Boisvert renchérit sur sa propre expérience à la télévision d’Ici Radio-Canada : « Nous pouvons être appelés à aller en ondes à la dernière minute. Nous avons un laps de temps pour nous préparer. Pour les femmes, il faut passer au maquillage et à la coiffure : cela peut prendre [environ] 45 minutes. Je regarde mes collègues [masculins] et ça leur prend juste 5 minutes. Il y a un écart de 40 minutes [durant lequel] je ne peux pas préparer ce que je dois dire en ondes. Je ne peux pas faire mes recherches ni faire mes appels téléphoniques. »

Ainsi, l’apparence des professionnelles de la télévision doit être enjolivée avant que ces dernières se retrouvent devant au petit écran. Même si les compétences s’avèrent importantes pour travailler ou apparaître devant les caméras, elles ne peuvent les afficher sans avoir été préalablement coiffées, maquillées et bien habillées. Par ailleurs, l’embellissement à l’aide d’artifices corporels ne constitue pas le seul critère de ce « devoir de beauté » : être mince l’est aussi.

La caméra ajoute « 10 livres »

En plus d’être parfaitement grimées, peignées et vêtues, celles qui travaillent devant les caméras doivent aussi être minces pour éblouir l’écran. Un lieu commun répandu veut que la caméra ajoute « 10 livres[1] » de plus, présentant ainsi une image déformée des professionnelles de la télévision qui s’avèrent déjà élancées. Ce qui a pour résultat de renvoyer un idéal de minceur inatteignable aux téléspectatrices déjà intimidées par les images de femmes minces véhiculées par d’autres médias centrés sur l’image, ceux-ci présentant des personnalités féminines aux proportions irréalistes.

Ces idéaux de minceur touchent la plupart des femmes de la Belle Province. Selon une étude menée par Ipsos-Reid

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Lili Boisvert et Judith Lussier, journalistes et animatrices à la télé et/ou sur le Web, forment le duo Les Brutes.

pour le compte des Producteurs laitiers du Canada en 2008, 73 % des Québécoises veulent perdre du poids. Parmi celles-ci, il y en a 56 % qui possèdent un indice de masse corporelle (IMC) reflétant un poids santé. De plus, 62 % des Québécoises ressentent une pression sociale pour perdre du poids. « La minceur est devenue un critère de beauté essentiel. Nous associons la sveltesse à la santé sportive : sur le marché du travail, le ventre plat est un symbole de réussite de sa carrière. » Des propos corroborés par Lili Boisvert : « La minceur est très valorisée. Nous avons une déformation sociale à ce niveau : nous marions la féminité à la gracilité. » En conséquence, des personnalités féminines de la télévision, telles que la comédienne Bianca Gervais, éprouvent des difficultés considérables à composer avec les exigences de maigreur de leur métier. Dans le livre La revanche des moches, elle se confie à Léa Clermont-Dion à propos de cette pression ressentie : « Je prends environ 10 livres [suite à un voyage en Italie]. Je n’entre plus dans mes jeans. Mon habilleuse me lance : qu’est-ce qu’on fait avec tes 10 livres, tu les perds ou on t’achète du nouveau linge? À ce moment-là, je ne me suis pas sentie grosse, je me suis sentie comme une baleine bleue. [Être comédienne] est un métier où il n’y a pas de sensibilité par rapport au corps des autres. »

Ce manque de considération pour le physique et le poids des comédiennes ne touche pas qu’elles, mais l’ensemble des femmes œuvrant devant les caméras des chaînes de télévision. Alors que 5 % des femmes se trouvent sous leur poids santé dans la population en général, elles seraient six fois plus nombreuses à afficher un tel poids au petit écran, selon une étude dirigée par Bradley S. Greenberg, professeur émérite — maintenant retraité — de la faculté des Sciences de la communication de l’Université du Michigan en 2003. Malheureusement, il n’existe pas de données spécifiques au Québec sur le poids des professionnelles de la télévision. Néanmoins, ces statistiques surprennent Marie-Claude Savard, animatrice et ex-journaliste sportive. Elle réfute l’idée de l’existence plausible d’une telle réalité à la télévision québécoise : « Je pense qu’au Québec, nous sommes assez ouverts. […] Être mince ne fait pas nécessairement partie des critères [d’embauche]. J’ai même entendu beaucoup de décideurs dire que les femmes plus rondes ont plus facilement la sympathie du public. » Ce qui ne l’empêche pas de reconnaître qu’il peut y avoir des préoccupations chez les animatrices au niveau de leur poids par rapport aux fameuses « 10 livres » ajoutées par la caméra.

Marie-Claude Savard, animatrice à la télévision, au Salon du Livre de Montréal 2015.

Marie-Claude Savard, animatrice à la télévision, au Salon du Livre de Montréal 2015.

Il reste que la question du poids des professionnelles de la télévision s’avère symptomatique de la pression que doivent subir les femmes travaillant devant les caméras télévisuelles pour être minces. La minceur équivaudrait à bien paraître à la télévision et serait associée à un idéal de professionnalisme et de dynamisme. Cela exercerait une influence sur la vision que possèdent les téléspectatrices de leur propre poids. Paradoxalement, elles se montreraient impitoyables avec les animatrices, les comédiennes et les journalistes qui dérogeraient à cet idéal de la beauté féminine. Saskia Thuot, animatrice de Décore ta vie à Canal Vie, s’est exprimée sur sa page Facebook, le 13 mars 2014, par rapport à un commentaire déplacé qu’elle a reçu sur son poids en message privé : « On vient de m’écrire ceci : “T’as pas maigri beauté!” […] Je n’en peux plus de ce genre de commentaire. C’est tellement blessant, dégradant et facile. Je sais que mon corps ne correspond pas aux critères de beauté actuels. […] À chaque commentaire méchant, j’ai l’impression que je dois rebâtir les fondations de mon estime, et à 41 ans, je veux seulement être bien. »  Cette anecdote illustre les conséquences de cette pression inhérente au poids sur les professionnelles du petit écran québécois. Elles peuvent en être affectées et vouloir recourir au bistouri afin de remédier à ce qui est considéré comme étant un problème. Il en va de même en ce qui concerne leur vieillissement.

« Vieillir en gros plan, c’est murder »

Dans La revanche des moches, la journaliste Francine Pelletier déclare à Léa Clermont-Dion que c’est « dur pour une femme de vieillir, mais [de] se voir vieillir en gros plan (sur petit ou grand écran), c’est murder. » Des propos qui expriment un malaise répandu à la télévision pour les femmes : afficher des signes reliés à la vieillesse au petit écran serait ardu. Une question de deux poids deux mesures s’appliquerait à cette situation, car les collègues masculins de ces professionnelles de la télévision peuvent vieillir devant les caméras tout en y affichant leurs cheveux gris et leurs rides sans que leur professionnalisme ne soit remis en question. Jean Airoldi, styliste et animateur de l’émission Quel âge me donnez-vous? à Canal Vie, affiche les poils gris parsemant sa chevelure et sa barbe ainsi que ses rides. Pierre Bruneau, chef d’antenne du TVA Nouvelles du midi et de 17 h à 18 h 30, arbore une crinière poivre et sel. Ces marques de vieillissement ne suscitent pas les foudres des téléspectateurs, car ces derniers s’attardent surtout à la qualité du travail de messieurs Airoldi et Bruneau.

Si les professionnels du petit écran peuvent afficher des signes liés à leur vieillissement, il en va autrement pour leurs consœurs. « Dans des émissions comme Le Code Chastenay ou La semaine verte, les femmes sont magnifiques. Même les animatrices d’émissions d’actualité sont jolies conséquemment à des chirurgies esthétiques qui gardent leur allure jeune, car la beauté et la jeunesse sont devenues des qualités féminines au détriment de l’expérience et de l’expertise », observe Mariette Julien. La valeur de la professionnelle de la télévision, qui est surtout estimée à partir de son apparence, se perdrait ainsi avec les années. Des propos que la journaliste indépendante Judith Lussier remet en question : « Selon moi, en information, une femme est perdante dans les deux cas : si elle paraît trop vieille, elle n’est plus jugée séduisante, mais si elle paraît trop jeune, elle n’a pas l’air crédible. J’ai passé trois auditions pour des émissions axées sur l’actualité, et les trois fois, la raison pour laquelle on a justifié mon refus était que j’avais l’air trop jeune. […] On tient pour acquis que la femme souhaite avoir l’air jeune alors que, dans un métier d’information, ce n’est pas nécessairement un atout. »

Si la femme n’est pas prise au sérieux parce qu’elle a l’air trop jeune ou trop vieille, une question de crédibilité valorisant le sexe masculin pourrait expliquer cette différence entre les femmes et les hommes. Rosemonde Gingras[2], relationniste et chef de son entreprise Rosemonde Communications, livre ses réflexions à Léa Clermont-Dion en ce qui a trait à cet élément dans La revanche des moches : « On a une grande tolérance pour les hommes qui sont affreux. C’est un “double standard” absolu, affirme-t-elle. Les hommes dans les médias peuvent être compétents sans être agréables à regarder, alors que les femmes doivent être d’abord et avant tout agréables à regarder. Et ensuite compétentes. […] Tant et aussi longtemps qu’il y aura majoritairement des hommes dans les postes de direction, ce sera comme ça », croit-elle.

Une journaliste magnifiée devant les caméras de télévision.

Une journaliste magnifiée devant les caméras de télévision.

Par conséquent, il ne serait pas recommandé à ces professionnelles de laisser transparaître leurs rides ou leurs cheveux gris contrairement à leurs confrères. Ceci pourrait expliquer qu’elles soient tentées de recourir au bistouri et au botox. Un sondage réalisé par OnResearch, en marge du congrès annuel de la Société canadienne de la chirurgie plastique et esthétique en 2012, a révélé que 48 % des Québécoises considèrent avoir recours à la chirurgie esthétique. « Nous sommes dans l’immédiateté, ce qui a changé notre rapport au corps, et ce, pour tous les âges. La jeunesse est un signe de reproduction, de renouveau », souligne Mariette Julien pour expliquer le phénomène. Pourtant, l’utilisation de ces outils d’embellissement corporels serait mal perçue au Québec : « Nous avons une culture qui décourage les femmes à utiliser la chirurgie esthétique, souligne Marie-Claude Savard. À Simplement vedette [sur les ondes de Canal Vie], nous venons de terminer un épisode spécial […] de deux heures sur ce thème. C’est quelque chose qui est très mal vu au Québec et qui n’est pas du tout valorisé. » C’est à se demander s’il n’y a pas une omerta pour les personnalités télévisuelles qui passent sous le bistouri, car l’animatrice Suzanne Lévesque a admis, du bout des lèvres aux Francs-tireurs en 2010, y avoir eu recours. Ce qui n’empêche pas Mme Savard de philosopher sur le vieillissement au féminin à la télé : « Je pense qu’accepter de se voir vieillir est très personnel, mais pouvoir le faire devant les caméras représente un défi, car nous devons davantage faire face à notre image. »

Il s’agit d’un enjeu complexe pour toute femme voulant travailler pendant plusieurs années à la télévision. Pouvoir apparaître au petit écran sans cacher son âge réel pourrait s’avérer possible. Pour ce faire, plusieurs solutions seraient envisageables dont l’ajout de femmes au sein de la haute direction des chaînes télévisuelles ou la reconnaissance des compétences avant l’âge et l’apparence physique.

En somme, le paraître des femmes qui exercent devant les caméras télévisuelles au Québec constitue un enjeu complexe. Il correspond à des standards de beauté qui découleraient des exigences corporelles envers les femmes au Québec. Non seulement doivent-elles être jolies en misant sur les artifices liés à l’apparence : maquillage, produits de beauté, coiffure, vêtements, ongles, etc. Elles doivent également être minces, et ce, parfois au prix de leur poids santé. De plus, elles sont invitées par les téléspectateurs et les patrons des chaînes télévisuelles à camoufler les signes liés au vieillissement tels que leurs rides et leurs cheveux gris. Les conséquences de cette pression relativement aux diktats de beauté du petit écran sont qu’elles participent à la proposition d’un idéal de beauté inatteignable pour les téléspectatrices qui les regardent.

Cependant, selon Marie-Claude Savard, ce portrait de la situation des professionnelles de la télévision tendrait à changer grâce à une remise en question des standards de beauté télévisuels. L’organisme ÉquiLibre mène des actions comme la remise de prix IMAGE/in pour sensibiliser les acteurs de l’industrie de l’image (le milieu de la mode, les médias et les agences de publicité) afin de les conscientiser sur l’importance de présenter à la société des images de corps féminins sains et diversifiés. Quant au comité de la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée, son travail s’inscrit dans la continuité de celui mené par ÉquiLibre : il propose un outil d’engagement collectif pour un projet de société tournant autour de la diversité corporelle. Néanmoins, il y a lieu de se demander si les femmes travaillant à la télévision québécoise peuvent voir leurs compétences et leur expérience de travail pleinement reconnues au-delà de leur apparence…

-30-

[1] 4,5 kilos.

[2] Rosemonde Gingras a eu recours à la chirurgie esthétique à quelques reprises et en explique les raisons dans un billet sur le blogue de la rédaction de Châtelaine paru le 15 septembre 2012 : http://fr.chatelaine.com/blogues/blogue-de-la-redac/blogueuse-invitee/pour-ou-contre-la-chirurgie-esthetique/.

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Contrairement à Judith Lussier, je mange mal!

Mauvaise alimentation et manque d’exercices

Pourquoi je ne mange pas sainement comme Judith Lussier

Ceci est une chronique d’humeur suite à la lecture d’un billet de la journaliste Judith Lussier. J’explique pourquoi une saine alimentation et des exercices me font chier. Et pourquoi je mange mal et que je ne fais pas d’exercices. 

Anders Turgeon

sante-alimentation-judith-lussier-mange-mal-exercices-1Je ne prends pas soin de ma santé. Ceci est un constat de base que je connais déjà et que je ne suis pas prêt de corriger, car je ne suis pas prêt et ne le serai pas de sitôt.

Ce constat, je le ramène sur le plancher des vaches après avoir lu la dernière chronique de Judith Lussier dans le journal Métro. Cette chronique se voulait une critique « gastronomique » des wraps végés de chez McDo. Mais ce qui a le plus retenu mon attention était l’image tellement saine que Judith Lussier se donnait en critiquant les sauces et autres « nutriments » de ces wraps riches en gras et en sel, Elle évoquait notamment son « nutritionniste intérieur ». Ou encore elle dit s’être déshabituée du sel:

Pour une fille comme moi qui cuisine majoritairement ce qu’elle mange et dont les papilles se sont graduellement déshabituées au sodium, les deux wraps sont über trop salés.

Moi, le monde qui mange très sainement me tape royalement sur les nerfs. Comme Judith Lussier, ils prétendent manger beaucoup de légumes, compter scrupuleusement leurs calories et éviter le sel. Ça, je ne suis pas capable. Parce que moi, je l’avoue d’emblée: je déteste cuisiner et, la plupart du temps, je mange mal. Je suis un inconditionnel des repas-minutes vite réchauffés et vite consommés. Parce que ça ne prend pas de temps et que j’ai bien d’autres choses à faire de plus intéressantes que de me cuisiner mes propres repas.

De plus, je suis très peu regardant sur le nombre de calories que j’ingère. Même chose pour le gras, le sucre et le sel. Je ne mange que ce dont j’ai ????????????????????????????????????envie. Certains vont s’offusquer de tels propos, mais c’est la vérité. J’ai consulté quelques nutritionnistes afin de tenter de corriger le tir en ce qui a trait à mon alimentation. Les changements à mon alimentation comme l’ajout de légumes et la diminution de consommation de sel ne duraient que quelques mois et je revenais à mes bonnes vieilles habitudes, et ce, avec la complicité de ma mère (avec qui je vis). Et j’ai développé une réaction allergique à tout discours de nutritionnistes sur les « saines habitudes alimentaires » comme Isabelle Huot.

Je mène aussi un mode de vie très sédentaire. Comme je suis très casanier, je préfère rester chez moi à regarder la télévision, à lire, à naviguer sur le web ou à écrire. Tout sauf des exercices physiques. Je m’invente une panoplie d’excuses pour ne pas bouger: je n’ai pas d’amis avec qui bouger, je n’ai pas d’argent, je suis fatigué, etc. Toutes ces excuses me servent bien, car elles me servent à ne pas apporter de changements durables à mon mode vie sédentaire.

Pourtant, ma santé n’est pas infaillible même si je suis encore jeune. Je souffre déjà de maux qui m’affectent: obésité, hypertension artérielle, maladie cœliaque et même un penchant pour le diabète. Tous les professionnels de la santé qui me suivent me l’ont dit et ne cessent de me répéter les problèmes de santé que je risque de développer si je n’apporte pas maintenant de changements significatifs, permanentes et durables à mon alimentation et mon manque d’exercices. En somme, je suis très conscient de mon état actuel. Je m’en confessais même dans un commentaire laissé sur un billet du blog de mon ancienne professeure Catherine Voyer-Léger:

Je me reconnais aussi dans tes propos. Je souffre également de plusieurs conditions médicales qui, en principe, me forceraient à devoir changer mon alimentation. Mais bon, je suis tellement dans cette procrastination. Le plaisir immédiat prime sur les bienfaits à long terme, car j’ai beaucoup de difficultés à voir les bienfaits des changements dans le futur. J’ajoute à cela l’anxiété (je souffre d’anxiété liée à la performance et sinon les situations) de devoir changer ainsi que le côté social et familial… Bref, je ne sais pas quand je me déciderai à changer, car je vois cela comme l’Everest. Et merci de partager cela avec nous.

sante-alimentation-judith-lussier-mange-mal-exercices-2Néanmoins, comme je l’indique clairement, je reste dans l’inaction et la procrastination malgré la conscience de mon état de santé. Même que, dans des accès de pure mauvaise foi contre moi-même, je me disais que je préférais sacrifier ma santé sur l’autel de mes envies alimentaires. Je le sais, c’est épouvantable de penser ainsi. La question que je pose à moi-même, en des termes peu diplomates, serait la suivante: quand est-ce que tu vas te donner un coup de pied au cul et faire attention à toi, sacrement?

En toute sincérité, il serait grand temps que j’adopte une alimentation plus saine (mais fuck tout de même les nutritionnistes!) et que j’intègre de l’exercice dans ma sédentarité quotidienne. En attendant, je retourne à mon ordi et mon lait au chocolat et je laisse à Judith Lussier le soin de compter ses calories dans son prochain wrap de chez McDo.

Mise à jour: Justement, j’avais rendez-vous chez mon médecin de famille pour mon bilan de santé semi-annuel. Disons que ce billet arrivait à point nommé…